1. L’ Alsace
  2. Les danses de bal avant 1918
  3. Les danses traditionnelles
  4. À partir de 1950
  5. L’Alsace a encore une identité très forte

L’ Alsace

Une plaine s’étalant le long du Rhin, coulant de Bâle au sud vers Strasbourg au nord; bordée à l’ouest par les collines sous vosgiennes puis les Vosges elles-mêmes, s’étirant de la trouée de Belfort vers le Palatinat allemand… Une des régions centrales de l’Europe Rhénane, convoitée de tout temps pour sa position charnière, entre mer du nord et vallée du Rhône, entre le St Empire Germanique et la France, convoitée pour ses richesses naturelles (vins, céréales, ressources minières).Elle fut régulièrement assiégée, envahie, annexée, dominée par les Germains, les Séquanes, les Romains, les Vandales, les Alains, les Armagnacs, les Suédois, les Etats impériaux …qui pour la plupart détruisirent les récoltes, tuèrent ou déportèrent les habitants. 

Il y a eu quand même des périodes plus calmes pendant lesquelles la région a pû se se reconstruire: pendant la paix Romaine du 1er au 4ème siècle, lorsque l’Alsace s’est rattachée à la France de 1648 à 1871. Plus près de nous, l’annexion par l’Allemagne de 1871 à 1918 puis de 1939 à 1945, a contribué à la perte d’une certaine identité alsacienne, surtout au niveau de la musique, des danses, des chants et de la poésie.

Pour contrecarrer en partie ces invasions incessantes, dès le milieu du 14ème siècle, 10 villes importantes de l’Alsace (hors Strasbourg) se sont alliées en une forme de république, la Décapole en se promettant aide et assistance que ce soit au niveau militaire ou financier. Seule Mulhouse s’est retirée de la Décapole au milieu du 15ème siècle pour rejoindre et s’allier à la Confédération Suisse et ce jusqu’en 1798 où elle s’est réunie librement (par votation) à la France.

Les danses de bal avant 1918

L’Alsace, terre de passage, a connu l‘apport d’influences culturelles de tous les envahisseurs, armées, administrateurs qui se sont installés à un moment donné dans ce petit coin de France. Les thèmes musicaux et de danse, inspirés pour la plupart d’Europe Centrale après la chute de l’empire napoléonien ont subis de nombreuses variations lors de leur intégration par le tempérament propre de l’Alsace. On peut ainsi relever: 

– la VALSE: dérivée du Ländler autrichien, agrémentée de pas frappés, glissés ou de pastourelles.

– la POLKA: originaire de Bohême et de pays slaves avec des variantes de polka tournée et piquée.

– la MAZURKA: nous venant de Pologne avec en Alsace un style particulier donné par la varsovienne.

– la SCOTTISCH: d’origine incertaine (hongroise, allemande) et son dérivé le RHINLANDER plus vivant avec l’adjonction de la polka tournée.
– le QUADRILLE qui nous vient de la Cour d’Angleterre, danse bourgeoise avec ses révérences et son style plus précieux.
Mais à partir de 1918 jusqu’en 1939 l’Alsace a progressivement perdu ce répertoire en ne jouant et dansant plus que les airs à la mode à cette époque: marche, valse, polka…

Les danses traditionnelles

Parallèlement, et à partir de ces pas de base ont été développées une foule de dansessoit au niveau d’un village, d’un évènement particulier, ou d’une fête profane ou religieuse … Un certain nombre d’entre elles ont été collectées dès le 16ème siècle. Une petite partie était encore dansée au début des années 1950. On peut citer entre autres:

– des valses voltées, paires ou impaires, des polkas.

– le branle des bergers de Ballersdorf et d’autres branles double, simple.
– les 7 pas de Guebvileer, d’Oberseebach et différentes variantes de 7 sauts.
– la courante Hilf O Himmel de basse Alsace.
– des pavanesgavottes, allemandes et autres salamandres.
– le chibreli d’origine bourguignonne.
– la sarabande d’amour qui nous est venue d’Espagne.
– les jeux danses des jeunes et des conscrits, les danses et chansons de quête.
– les danses liées à la moisson avec la gerbe de bonheur (s’gleckhampfala)

– les danses autour du ‘butzemummel’ bonhomme de chiffons ou de paille, chassé du village à la fin de l’hiver

– certaines danses des vallées vosgiennes de Munster et de Lapoutroie régions qui ont su préserver leurs traditions, de même que dans le sud du Sundgau dont Mulhouse est la porte, proche de la Suisse et de la franche-Comté.

– des danses de basse Alsace (pays de Hanau, Kochersberg, Seebach) avec ses coiffes magnifiques et variées.

A partir de 1950

En dehors de quelques danses nommées ci-dessus pratiquées au niveau d’un village, d’une vallée, il n’existait plus en Alsace que des harmonies, des fanfares villageoises ou associatives. Munis d’instruments à vents, des cuivres, les musiciens étaient habillés à l’identique, garçons et filles pantalon noir et gilet rouge, et interprétaient des airs qui n’avaient plus rien de traditionnel mais qui pouvaient tout au plus accompagner un cortège, un repas choucroute, une soirée bière.

Et pourtant des collectages avaient été effectués entre autre par:

– Jean-Baptiste Weckerlin (1821-1910) de Guebwiller (68). Musicien et compositeur reconnu, il s’installa à Paris en 1843. Il nous a laissé 2 volumes de chansons populaires alsaciennes.

– l’Abbé Louis Pinck (1872-1940) qui a essentiellement collecté en Moselle et dans l’Alsace bossue (67). La somme de données recueillies: mélodies, chants, quelques pas de danse, est impressionnante. Mais pro-allemand, il a malheureusement opté pour une traduction allemande de la majorité des chants pourtant recueillis en francique lorrain et rhénan.

– les 3 volumes du recueil “Das Volkslied in Elsass” de Joseph Leffz (1888-1977) né à Obernai (67).

Il a fallu attendre le renouveau folk et le travail de quelques irréductibles pour retrouver et réinterpréter à partir de ces collectages, le répertoire traditionnel alsacien d’avant 1918. On peut nommer comme précurseurs:

– Daniel Muringer et son ensemble musical “Géranium”: un travail remarquable a été fait sur leurs premiers enregistrements. En reprenant ces musiques et ces chansons oubliées, en réutilisant des instruments d’époque (psaltérion, dulcimer, cromone…) ils ont redonné vie à cette ambiance, cette particularité propre à l’Alsace.

– Gérard Leser – Eugène Magey, en duo dans les “Luschtiga Malker” et Jeanne Lau (1890-1970) spécialistes des traditions de la vallée de Munster. 

– Richard Schneider, conseiller technique et pédagogique au Ministère de la Jeunesse et des Sports à Strasbourg. Son travail a été fondateur. En s’inspirant des collectages anciens, très certainement, et d’autres sources qu’il ne précise pas, il a reconstruit dans les années 1970 tout un panel de danses alsaciennes. La plupart des groupes folkloriques d’Alsace de ces années-là ont reprit ce répertoire.

En écoutant un air de musique, un chant on peut souvent reconnaître un pas de danse. C’est le cas pour les marches, les valses, la scottish, les branles… Mais cela n’est pas suffisant pour recréer une danse complète, une chorégraphie, d’autant plus si des rythmes différents se retrouvent dans un même air… 

Dès lors plusieurs groupes folkloriques ont voulut aller plus loin que Richard Schneider, en recherchant eux-mêmes dans les villages, auprès d’anciens, en écumant les bibliothèques, en lançant des appels lors des spectacles… Ainsi petit à petit, ces quelques groupes ont développé un répertoire plus authentique, en faisant des recherches sur les danses, les musiques, les costumes. En intégrant dans leurs prestations, des contes, des chants, des scènes de vie, ils donnaient des spectacles complets axés souvent sur un thème particulier: les moissons, les conscrits, une région… 

Certains groupes privilégiaient le spectacle, la virtuosité, d’autres les scènes de la vie courante, d’autres encore les légendes.

On peut particulièrement nommer (liste non exhaustive):

Dans le Bas-Rhin avec des instruments actuels: cuivre, accordéon, percussions, clavier :

– GAP Berstett depuis 1938

– D’Sandhase de Lingolsheim créé en 1938

– D’Koeckloeffel de Souffelweyersheim depuis 1977

Dans le Haut-Rhin avec des instruments actuels: cuivres, accordéon, percussions.

– Vogesia de Colmar

Dans le Haut-Rhin avec des instruments plus traditionnels: 

– Les Burgdeifala d’Illfurth à partir de 1973

– La Sundgauvia à Rixheim fondé au début des années 1970

– Spectacle : les contes d’un jour et d’une nuit au pays des légendes (Tag un’ nacht) des “Mattagumber” (A voir sur internet ce spectacle présente des danses remarquables).

NB: Force est de constater que la plupart de ces groupes d’Art et Tradition populaires qui tenaient à faire de l’authentique sont en perte de vitesse.

L’Alsace a encore une identité très forte

 Le dialecte est encore relativement parlé, plus en Alsace du nord que dans le sud. Nombre de chorales interprètent des chants traditionnels, les troupes de théâtres écrivent et montent des pièces, souvent davantage dans le registre comique et cabaret : Germain Muller, Roger Siffer, le Herre-n-Owa (la soirée des hommes) à Mulhouse… Des villages proposent des spectacles tout en poésie. Des cours de dialecte alsacien sont proposés dans les Universités Populaires.

– Les fêtes villageoises, très nombreuses en Alsace, sont souvent construites sur des traditions: la moisson, les vendanges dans le vignoble, la transhumance dans les vallées, une spécialité culinaire…

– Les fêtes religieuses sont très suivies, les lieux de pèlerinage restent vivants (Mont Sainte-Odile, Thierenbach…)

– La gastronomie est une institution, les événements s’y rattachant sont innombrables.

– L’Alsacien a aussi un attachement très fort à la nature. Les sentiers de randonnées sillonnent les Vosges, la Basse Alsace, le Ried Colmarien, le Sundgau. Sans compter les itinéraires et pistes cyclables, les VTT: plus de 2000 km !

– Et que dire des costumes ! L’Alsace ne se limitait pas au magnifique nœud noir, propre au Kochersberg et au pays de Hanau en Alsace du nord. Noire dans les villages protestants, cette coiffe était plus chatoyante chez les catholiques: tissu écossais, tissu rouge, tissu fantaisie muni de fleurs brodées… Toujours en Alsace du nord des costumes et des coiffes très différents étaient portés, par exemple dans les villages de Seebach et de Meistratzheim. En descendant vers le sud, Colmar, le Sundgau, on trouvera d’autres influences venant de la Suisse, de la Franche-Comté. Ce seront des bonnets à brides, avec des pièces de dentelles. Pour les hommes on préférera les culottes à pont et comme couvre -chef un tricorne, en alsacien “newelspalter”, un fendeur de brouillard. Dans les vallées vosgiennes ce seront des costumes marcaires pour celle de Munster; de type Welsh pour la vallée de la Bruche et du Val d’Argent. 

Ces quelques exemples ne sont qu’un petit aperçu de la grande variété et de la richesse des costumes portés traditionnellement en Alsace.

Mais qu’en est-il de la danse traditionnelle, en dehors des prestations de groupes folkloriques? Les musiques, les danses traditionnelles alsaciennes sont-elles encore enseignées, pratiquées dans la vie courante, dans les stages, les bals folks ?

Il faut malheureusement constater les points suivants:

– Très peu de personnes en Alsace connaissent les danses anciennes. comparativement à la Bretagne par exemple: une vingtaine de Fest Noz et Fest Deiz par week-end, de nombreux cours de danse, d’innombrables groupes de musiciens n’interprétant que de la musique bretonne.

– On peut répertorier en Alsace une dizaine d’ateliers de danses traditionnelles : on peut y apprendre et y danser du breton, du balkan, de la contredanse… Mais pas une seule mention de danse alsacienne !

– Il en est de même des ensembles de musique animant les bals folk. Leur répertoire est éclectique, mais reste limité aux tubes folk: cercle circassien, chappeloise, scottish, valse, mazurka, bourrée, danses bretonnes…

Fort heureusement, il y a l’ensemble “Au gré des vents”.

Dès le début des années 1990, ce groupe a revisité le répertoire traditionnel alsacien, Gilles Péquiniot se chargeant des arrangements musicaux et Danyele Besserer réinventant des danses, montant des chorégraphies simples, relativement faciles à apprendre, tout en respectant un esprit, une ambiance de tradition alsacienne. Depuis 25 ans ils représentent le fruit de leur travail lors des stages, dans les bals folks qu’ils animent. En Alsace, mais aussi dans les autres régions françaises et même à l’étranger. Grace à eux, les danses traditionnelles alsaciennes ont retrouvé un élan populaire, certes dans un cadre ‘revivaliste’ (terme cher à Yves Guilcher) et seulement auprès d’un petit nombre d’initiés. Mais ces danses et musiques existent et vivent. Le groupe a enregistré 7 CD avec des carnets d’explications sur les chorégraphies, ils ont réalisé un certain nombre de vidéos très instructives sur ces mêmes danses.

Il faut aussi mentionner l’OCLA (Office pour la Langue et les Cultures d’Alsace et de Moselle). Cet office a entrepris depuis quelques années un travail de fond pour collecter tout ce qui concerne les traditions alsaciennes. Entre autre, et pour ce qui est des danses, tout est répertorié sur l’onglet “Sammle” du site internet de cet office.

Pour finir une poésie de Nathan Katz (1892-1981)

Poète et dramaturge alsacien, natif du Sundgau

Poème traduit de l’alémanique en français par Guillevic, poète breton.



D’verschwàtzti Stàrne

Un d’Starne hai dur d’Schibe glüegt
In di Chammere ine.
Wàgedàm tien si so still binanger am himmel steh
Wàgedàm tien si so firig hit schine.

Wie hai si gchlànzt un enanger verzälit,
Wie si di gattig gseh in de Zieche lige.
Wie cha me so verschwàtzt denn si ?
I hàtt di bschäut, hàtt mi gfrait, – un hàtt gschwige.


Les étoiles bavardes

Et les étoiles regardaient dans ta chambre
A travers les vitres,
C’est pour cela qu’elles se tiennent si tranquilles entre elles dans le ciel.
C’est pour cela qu’aujourd’hui elles luisent comme du feu.

Comme elles ont brillé, parlé entre elles 
Quand elles t’ont vue si belle entre tes draps !
Comment peut-on être aussi bavard ?
Moi, je t’aurais regardée, je me serais réjouis – je me serais tu.


(*) Sources de Dominique:
– Jean Claude Streicher – Georges Fischer – Pierre Bleze: Histoire des Alsaciens, des origines à 1789, Ed Frenand Nathan
– Plaquette de l’association Sundgauvia, Rixheim
– Plaquette du disque 33T: Danses Traditionnelles d’Alsace produit par Siffer-Braun à 67220 Villé
– Site internet www.accrofolk.net équivalent pour l’Alsace du site Tamm Kreiz breton
– Site internet www.olcalsace.org 
– Site internet www.carnetdebal.org logeur du groupe Au Gré des Vents
– Nathan Katz, Oeuvre poétique, Ed Arfuyen

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